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Comment choisir la méthode
(Page et liens remis à jour le 6 octobre 2006)


Qu'est-ce qu'une psychothérapie. Choisir une approche thérapeutique : les psychothérapies d'inspiration psychanalytique , le courant humaniste, existentiel, les thérapies cognitives et comportementales, les thérapies systémiques, les thérapies intégratives et multiréférentielles



Qu'est-ce qu'une psychothérapie ?


Marie Petit (1)
en parle en ces termes :

«La souffrance psychique est essentiellement générée par l'impuissance en face d'évènements dont on se sent victime : deuils, divorce, vieillissement, abandons, chômage, maladie, incapacité à communiquer, angoisse de mort, etc.

Le plus souvent, la réponse apportée à ces moments de crise sera la répétition de réactions acquises au cours de la petite enfance - rage, dépression, fuite devant le réel, etc. – faute de trouver des modes d'être plus adaptés

A cette souffrance, la médecine apporte une réponse médicamenteuse qui met à distance le symptôme. Réponse souvent essentielle en temps de crise, mais qui laisse inchangée la position du patient face aux difficultés de la vie, et le maintient dans une position passive.

La réponse que propose la psychothérapie consiste non seulement en une augmentation du savoir sur soi, mais aussi en un développement de la conscience de soi, de ses limites, de ses enjeux inconscients et de son potentiel, amenant la personne à mieux devenir acteur de sa vie.

C'est un processus lent et difficile, qui nécessite la participation active de la personne et celle d'un partenaire spécifiquement formé pour ce faire : le psychothérapeute.

Quelle que soit l'approche thérapeutique envisagée, toutes tentent, par diverses méthodes, de mettre à jour des modes d'être inappropriés - reliquats d'expériences infantiles du patient - et de favoriser chez lui l'exploration de nouvelles voies
»


penséeIl ne s'agit donc pas - comme l'affirment aujourd'hui de nombreux psychiatres et psychologues cliniciens - simplement d'une technique à apprendre et à appliquer (par eux !...)


Choisir une approche thérapeutique


D'après Jean Marie Robine (2), il existe une vingtaine de méthodes psychothérapeutiques complètes et non pas quatre ou cinq cent comme la presse à sensation se plaisait à en répertorier ces derniers temps.

Par ailleurs, nombre de professionnels ne pratiquent pas en référence à un seul système mais de façon multi-référentielle ou intégrative

Voici des indications sommaires sur les quelques approches majeures de la psychothérapie contemporaine. Il appartiendra ensuite à chacun de se documenter plus précisément sur la pratique répondant possiblement à ses attentes !



  • Les psychothérapies d'inspiration
    psychanalytique
    ///Sigmund Freud (1856–1939) a organisé sa conception théorique de la psychanalyse autour d’un ensemble de concepts qu’il a nommé « métapsychologie ». Incluant notamment les perspectives topiques avec les notions d’inconscient, de ça, de moi et de surmoi et les plans économique et dynamique des pulsions libidinales, cette cartographie de l’appareil psychique a révolutionné la psychothérapie de son époque et poursuit encore aujourd'hui son influence sur la psychothérapie contemporaine. « Freud a inventé la seule méthode moderne de psychothérapie fondée sur l’exploration de l’inconscient et de la sexualité » (E. Roudinesco).
    Dans la perspective freudienne, la notion de refoulement ancrée sur la nécessité de renoncer au «principe de plaisir » en faveur du «principe de réalité », structure l’économie libidinale et origine les névroses infantiles. C’est l’analyse du transfert établi dans la relation entre le consultant et le psychanalyste qui va en permettre le traitement et la réduction.


    Pratiquement, la technique psychanalytique se réfère aux notions de cadre, de matériel et de travail interprétatif. Le patient est allongé sur un divan, le psychanalyste derrière lui. Le traitement par la parole, la « talking cure » laisse l’analysant associer librement. La durée de la cure est variable, mais on considère habituellement, qu’il faut compter un minimum de 2 à 3 ans, voire davantage, à raison de plusieurs séances hebdomadaires.


    La psychanalyse a également donné naissance aux psychothérapies analytiques. Elles reprennent les mêmes présupposés théoriques, mais se déroulent généralement en face à face, sous forme de séances hebdomadaires. A la suite de Freud, la psychanalyse s’est enrichie de nombreuses théories et de nombreux courants : Adler, Ferenczi, Reich, M. Klein, Winnicott, Lacan, etc.


    Actuellement en France, plusieurs modifications et techniques dérivées de la psychanalyse se sont développées : consultation psychanalytique, psychanalyse de couple, de famille, de groupe, psychodrame psychanalytique, psychothérapie d’inspiration psychanalytique (PIP), etc.
    Une place à part, dans les grandes approches psychanalytiques, est donnée à la psychologie des profondeurs de C. G. Jung, fondée sur les présupposés de la réalité de l’existence de l’âme, de l’inconscient collectif et de la nécessaire dimension spirituelle de l’être humain./// (article de Claude Vaux, FF2P)

  • Le courant humaniste existentiel


    ///Le mouvement humaniste est né aux USA dans le milieu des années 50, sous l’impulsion notamment d’Abraham Maslow, Rollo May, Carl Rogers , Fritz Perls, Wilhem Reich et plusieurs autres — la plupart fortement influencés par les existentialistes allemands et français : Heidegger, Buber, Binswanger, Sartre, Merleau-Ponty, Gabriel Marcel, etc.


    Quelques années plus tard, le philosophe américain Marcuse apparaîtra comme l’une des figures marquantes de la vague mondiale de libération humaniste de mai 68. Il dénonçait la «sur-répression» culturelle qui vise à transformer l'homme en «machine» fiable de production sociale, en écrasant la vie émotionnelle et corporelle, la spontanéité et la créativité individuelles.
    Il s'agissait donc de «remettre l'homme au centre de la psychologie» , devenue de plus en plus scientifique, froide et déshumanisée. L'objectif était de créer une «Troisième Force» , permettant de se démarquer à la fois des deux impérialismes envahissants : la psychanalyse et le comportementalisme. En traitant l'homme en produit conditionné par sa première enfance, son environnement familial et social, ou sa biochimie cellulaire, ces deux disciplines étaient accusées de l'avoir réduit à un objet d'études, au lieu de lui conférer le statut de sujet, libre de ses choix et de sa croissance.


    La Psychologie Humaniste ne fait pas l'objet d'une définition rigoureuse. Il s'agit d'une orientation, d'une tendance générale qui, par principe, demeure «ouverte» pour pouvoir s'adapter à l'évolution des valeurs. Elle refuse de se figer dans une doctrine trop précise qui ne manquerait pas de sombrer, après bien d'autres, dans un dogmatisme rigide, rapidement condamné à devenir anachronique.
    Qu'y a-t-il donc de commun entre les méthodes de psychothérapie humanistes, appelées parfois «Nouvelles Thérapies», ou désignées encore sous le terme de «Mouvement du Potentiel Humain» ?
    L’objectif des méthodes humanistes est de rendre à l'homme toute sa dignité,
  • son droit au respect de ses cinq dimensions principales : physique, affective, cognitive, sociale et spirituelle.
  • son droit à valoriser son corps et ses sensations, à satisfaire ses besoins vitaux fondamentaux, à exprimer ses émotions ;
  • son droit à construire son unicité, cela dans le respect de la spécificité de chacun (droit à la différence ) ;
  • son droit à s'épanouir et réaliser tout son être, sans se limiter à l'avoir et au faire, à élaborer ses propres valeurs individuelles, sociales et spirituelles.
    Ce paradigme nourrira le mouvement humaniste d'anti-psychiatrie, né dans les années 60 en Angleterre (Laing, Cooper), qui a ensuite gagné la France et l’Italie (Bassaglia), en contribuant au courant mondial de désinstitutionnalisation de la psychiatrie (traitements ambulatoires, dispensaires).


    Aujourd’hui, on considère que plus de 50 % des psychothérapies pratiquées en Europe sont de type humaniste ou existentiel. Elles sont habituellement de durée moyenne (de un à trois ans) et mettent en valeur l’harmonisation de la personne globale, sans négliger pour autant la réduction de symptômes précis.
    Elle se déroulent soit en séances individuelles, soit dans le cadre d’un groupe./// (article de Serge Ginger, FF2P)


    penséeBizarrement, ce sont aussi les seules à ne pas être explicitement citées dans le projet de décret d'application de la nouvelle loi sur le titre de psychothérapeute... A moins qu'elles soient suceptibles de se reconnaïtre dans le fourre tout intégratif ?
    En tous les cas la Gestalt-thérapie , si elle situe ses origines dans ce courant humaniste, a une claire spécificité : c'est une thérapie du processus d'ajustement créateur de la personne à son environnement, une thérapie de la gestaltung. qui se centre sur ce contact organisme/environnement et pas sur l'intrapsychisme. Ce pourquoi nous nous nommons gestalt-thérapeutes et non pas psychothérapeutes !


    L'analyse bioénergétique et les thérapies psycho-corporelles également. Bien que puisant ses racines dans les travaux de Freud, leurs représentants ont tenté d'aborder de manière différente l'articulation entre « psyché » et « soma ». Reich notamment, a montré la façon dont on pouvait atteindre les couches profondes de la personnalité en travaillant sur « les résistances corporelles ».

    Les fondateurs de l'analyse bioénergétique Lowen et Pierrakos, ont placé l'intégration du vécu corporel comme un élément central de la thérapie et ont largement contribué à introduire de nombreuses modalités d'interventions corporelles et énergétiques, développées ultérieurement dans une multitude de techniques (massages, rolfing, rebirth, cri primal), etc.)

    Enfin la psychothérapie centrée sur la personne, fondée par Carl Rogers, cette méthode se caractérise par une relation non directive - «qui vise à mettre en évidence les sentiments confus du patient et à les clarifier. Le psychothérapeute garde toujours une attitude neutre et s'abstient de toute interprétation, il se contente d'encourager le patient à s'exprimer en reformulant, en d'autres termes, les sentiments essentiels manifestés pendant la cure. Ainsi, Carl Rogers met l'accent sur les aspects effectif et émotionnel des problèmes plutôt que sur l'aspect intellectuel. Le but de cette méthode est de permettre au client de renforcer son moi, de l'aider à trouver son chemin et de relancer le processus de maturation affective, enlisé dans les résistances névrotiques» (4)



  • Les thérapies cognitives et comportementales


    /// Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) reposent sur le postulat que «l'important n'est pas ce qui nous arrive, mais la manière dont on le prend» (H. Selye). De la même façon, nous pouvons dire que les difficultés psychologiques sont dues à notre façon de penser et à la perception des événements qui nous arrivent, qu'il est possible d'apprendre à les modifier, que cette modification va avoir des effets bénéfiques sur nos pensées, nos comportements et les émotions qui en dépendent (C. André).
    La thérapie cognitivo-comportementale s'adresse donc d’abord aux fonctions mises en jeu par le rapport du sujet à lui-même et à son environnement à travers la prise en compte de ses cognitions et de ses comportements verbaux et non-verbaux.


    Les TCC, si l’on exclut les fondements philosophiques proches des stoïciens (Sénèque et Epictète préconisaient déjà de cultiver la sérénité par le travail sur les tensions intérieures et un rapport à la souffrance basé sur une position psychologique faite d’impassibilité, de regard critique et distancié), s’originent plus près de nous, en grande partie dans le courant behaviouriste avec notamment les travaux de B. F. Skinner sur le comportement opérant.
    L’originalité de ces approches psychothérapiques se situe dans l'orientation de la démarche marquée par une intervention directe du psychothérapeute sur la validité du processus de pensée en jeu dans l'expression de la difficulté du sujet, et l'effet de ce processus dans tous les aspects de sa vie. Les thérapies cognitivo-comportementales procèdent d'une structure d'intervention spécifique comprenant une analyse de la problématique selon deux axes, synchronique et diachronique. Elles considèrent ainsi, à la fois ce qui se passe au moment même de l'événement troublant, et la façon dont cet évènement s'inscrit au travers du temps et de l'histoire du sujet.


    Une évaluation de certains paramètres en rapport avec la problématique de la personne est faite avant, pendant, et après l'intervention thérapeutique de façon à mettre en évidence les changements cognitifs et comportementaux de l'intervention. Une stratégie thérapeutique est élaborée à partir de ces diverses analyses, et un temps d'intervention (nombre de séances) est déterminé, notamment pour limiter l'intervention du psychothérapeute et impliquer le sujet dans son devenir thérapeutique.


    Dans l'approche cognitivo-comportementale, le psychothérapeute intervient selon plusieurs axes actifs et interactifs :
  • l'interventionnisme, pour questionner, reformuler, commenter, mettre en doute certains aspects des cognitions du sujet et leur logique interne ;
  • la créativité thérapeutique, pour créer des outils, des prescriptions de tâches par exemple, en fonction de la nature, de la problématique et du déroulement de la thérapie, à partir de l’observation des modifications comportementales du sujet ;
  • la pédagogie, pour expliquer certains aspects fonctionnels de la pensée, certains liens entre pensées, émotions et comportements, notamment ceux des systèmes d'auto-renforcement négatifs et positifs et pour enseigner le cas échéant une façon de modifier ces pensées et ces comportements.
    Le psychothérapeute intervient également sur un mode «socratique», «maïeuticien», pour faire advenir chez le sujet de nouvelles possibilités cognitives, émotionnelles et comportementales à travers l'échange relationnel.
    Les thérapies cognitivo-comportementales, avec des processus très structurés, permettent de faire advenir la parole libérée du sujet, et de le rendre à l'orientation de son désir propre./// (article de Aimé Hoffbeck, FF2P)


    A l'occasion des débats ayant accompagné la récente légalisation du titre de psychothérapeute, on constate tristement la volonté hégémonique des tenants de cette psychothérapie cognitivo-comportementale, qui au travers d'études n'ayant que l'apparence de la rigueur scientifique - auquel le Ministre concerné de l'époque n'avait d'ailleurs pas voulu adhérer - montrent qu'il s'agirait de la forme de psychothérapie la plus efficace, pour ne pas dire ouvertement la seule... On peut à ce propos écouter l'intéressante reflexion du Pr Golse - chef du service de pédopsychiatrie de l'hôpital Necker et psychanalyste - autour de ces questions.


  • Les thérapies systémiques


    La thérapie systémique est largement issue des recherches de l’école de Palo Alto en Californie, dans les années 1950-1970 et particulièrement des travaux de Gregory Bateson, Paul Watzlawick, Don Jackson, Jay Haley, Richard Weackland, portant notamment sur la communication et le changement.
    Elle a également été influencée par deux grands courants de la psychanalyse : le premier étant celui de la psychanalyse d’enfant avec la prise en compte des relations familiales (Anna Freud) et le second, celui de l’orientation culturaliste de la psychanalyse post-freudienne (Fromm, Sullivan).


    Cette méthode de psychothérapie est fondée sur la notion de système considéré comme un « ensemble d’éléments en interaction dans la poursuite d’une ou plusieurs finalités spécifiques ». Une cellule, une personne, une famille une entreprise constituent autant de systèmes.


    Le psychothérapeute systémique ne s’attache donc pas tant à rechercher dans l’histoire, le passé et les processus intrapsychiques du patient les causes de ses dysfonctionnements actuels qu’à susciter un changement dans « l’ici et maintenant » étant entendu que tout changement (portant par exemple sur un comportement précis) entraîne un ensemble de modifications en chaîne.


    La psychothérapie familiale, dont Mony Elkaïm est un des principaux représentants, constitue aujourd'hui une des applications les plus répandues de ces principes. La famille est considérée comme une unité, un système et le patient comme le porteur de symptômes du système familial. Il s’agit alors d’appréhender la fonction du symptôme à l’intérieur du groupe, de comprendre en quoi, notamment, il protège son équilibre global (place de chacun, répartition des rôles et des tâches, existence de soussystèmes, frontière entre générations…).
    Le processus psychothérapeutique vise à rompre avec ce cercle vicieux. Dans cet objectif, la psychothérapie systémique insiste donc sur l’importance des règles qui régissent les interactions des membres de la famille afin d’agir dessus pour les modifier.


    Le psychothérapeute est actif et peut proposer des actions sous la forme d’injonctions thérapeutiques, de prescriptions, de tâches comportementales, de recadrages visant à agir et à modifier la perception d’une situation. Le processus se déroule sous la forme d’entretiens collectifs impliquant souvent deux thérapeutes et un nombre de séances fixé au départ. (article de Benoît Mélet, FF2P)

  • Les thérapies intégratives et multiréférentielles


    «Ce courant psychothérapeutique ne privilégie aucune théorie et peut les associer dès lors qu'elles permettent d'être plus efficaces pour le Sujet. Ce type de thérapie s'est développé à partir du souci des thérapeutes d'adapter et d'utiliser différentes techniques et théories dans le but d'aider au mieux leurs thérapisants. Il convient donc de connaître un certain nombre de psychothérapies, de poser leurs indications et d'évaluer leur efficacité.
    Les praticiens intégratifs puisent dans diverses approches ce qui leur semble approprié pour aborder la singularité de chaque sujet en présence. Il y a refus de s'inscrire de manière privilégiée dans la spécificité d'une approche, considérant qu'elles peuvent toutes apporter des éléments pertinents. Les techniques prennent le pas sur la théorie et sur la méthode : opérer les meilleures combinaisons possibles en vue de la plus grande efficacité
    » (5)




    (1) Dans un article du 24 novembre 2003, « définir la psychothérapie face au public et aux instances politiques », en réaction à l'amendement Accoyer

    (2)Dans « Les psychothérapies en quelques grands courants », Jean Marie Robine, livre blanc de la profession de psychothérapeute par l’AFFOP, exprimerie, avril 2004

    (3)Une parole qui s'exprime avec le moins de censure possible

    (4)Définition d' Alain Rioux

    (5)Définition de l'AFOPP

    (6) Jean Marie Robine in «la loi sur les psychothérapeutes: la montagne a accouché d'un avorton », in Reel n°73, septembre 2004
















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