Une pincée d'histoire. Quelques différenciations. Psychiatre, psychologue, et psychothérapeute . Psychothérapie et psychanalyse. Psychothérapie, charlatanisme, endoctrinement sectaire . Quelques repères. Des questions à se poser. Des questions à poser
Une pincée d'histoire (1)
Philon d'Alexandrie parle de thérapeutès à propos d'un groupe d'ascètes juifs sans doute membres des esseniens qui prenaient soin de l'âme humaine, autrement dit de la psyché. Ceux-là inspirèrent sans doute la tradition de « guérison des passions » (du latin passio, souffrance) des Pères du désert de l'antique Eglise chrétienne.
Ces thérapeutès ne s'occupaient pas d'une maladie mais d'une personne. Ils ne soignaient ni par des produits pharmaceutiques ni par une analyse objective du mal-être, mais prenaient soin de l'être par une constante et rigoureuse ascèse (du grec askésis, exercice), d'abord accomplie sur eux-mêmes. C'est cette ascèse - et non des connaissances livresques - qui leur confère la capacité de guérison.Puis la science s'est imposée. Dernières séparées de la philosophie, les sciences humaines se développent, et la médecine psychiatrique crée la notion de psychopathologie, ajoutant ainsi un déterminisme psychique au déterminisme anatomo-biologique jusqu'alors considéré comme seule cause des troubles mentaux. A partir de là, un lien pouvait s'établir entre psychiatres et psychologues cliniciens (reconnus comme professionnels en 1985 seulement), la maladie psychique étant objet de soins médicaux pour les premiers et d'observation psychologique pour les seconds
Ensuite, Freud apportera une nouvelle lecture, en imposant une métapsychologie - un corpus théorique de l'inconscient - qui vient interroger et bousculer la médecine psychiatrique et la psychologie clinique, fondées sur des bases très différentes.
L'éminente psychanalyse va longtemps occulter les autres formes de soins de la psyché : celles existant avant elle et qui ont continué à se développer, ou celles qui se sont créées plus tard à partir de la synthèse entre les psychanalyses - avec tous les «dissidents» ou successeurs de Freud tels Jung, Reich, Klein, etc - et d'autres méthodes psychothérapeutiques
De toutes ces approches, émerge un métier nouveau - fondé souvent à son insu sur l'antique ascèse - et dont l'essence n'est ni dans la psychopathologie médicale, ni dans la science psychologique, ni même dans la métapsychologie psychanalytique, mais s'alimente aux trois, pour se donner les nouveaux repères grâce auxquels elle peut s'adapter au monde contemporain, s'ouvrir au plus grand nombre, et se doter de garde-fous.
Aujourd'hui, la diversité des (plus ou moins) nouvelles techniques de psychothérapie et de développement personnel, avec les concepts (plus ou moins) fondés qui les sous-tendent, manifeste l'extraordinaire créativité de ce « champ psy » mais peut aussi rendre le choix bien problématique… Problème que la loi (ou plus exactement l'article 52 du titre IV de la loi 2004-806) du 19 août 2005 sur le titre de psychothérapeute était censée résoudre. Quelques différenciations (1)
Psychiatre, psychologue, psychothérapeute et psychopraticien relationnel

De même le psychologue qui a suivi des études scientifiques à l'université
et qui est titulaire d'un DESS de psychologie clinique ou de l'un des diplômes reconnus équivalents, est de fait légalement autorisé à pratiquer la psychothérapie. Or, si le psychologue clinicien spécialisé a des connaissances théoriques tout à fait sérieuses dans le domaine de la psychopathologie - reprochant justement à certains psychothérapeutes non psychologues leurs éventuelles carences dans cette discipline - il ne peut pour autant pas prétendre exercer légitimement le métier spécifique de psychothérapeute, sans avoir suivi une formation à la psychothérapie distincte de sa formation universitaire, et impliquant d'abord l'initiation par une psychothérapie personnelle, faite sur lui-même. Enfin, il existe de très nombreux praticiens de la psychothérapie (3) fort bien formés et tout à fait légitimes qui exercaient - et à ce jour exercent encore - leur activité certes hors de tout cadre officiel (si ce n'est celui de la TVA, à laquelle - contrairement aux premiers, médecins et psychologues cliniciens - nous sommes assujettis, obligés de reverser 19,6% du montant brut de nos honoraires à l'Etat, alors que contrairement à la majorité des assujettis, nous ne la récupérons quasiment sur rien !), mais en répondant aux 5 critères retenus par le SNPpsy (Syndicat National des Praticiens en Psychothérapie), à savoir :
La dernière version du projet de décret d'application de l'article 52 ne permet plus d'espérer que ces praticiens là feront bien partie demain des teneurs légaux du titre de psychothérapeutes; il semble par compte également clair que certains teneurs légaux du titre - souvent médecins psychiatres, psychologues cliniciens, certes dotés de connaissances approfondies en psychopathologie clinique mais pour qui la psychothérapie n'est qu'une technique à appliquer - ne satisferont pas aux critères du SNPPsy. Le SNPPsy propose aux praticiens de la psychothérapie relationnelle répondant à ses 5 critères une nouvelle appellation contrôlée: psychopraticiens relationnels.
Psychothérapie et psychanalyse
Freud lui-même désigna clairement la cure psychanalytique comme méthode de psychothérapie, et beaucoup la considère aujourd'hui comme la plus ancienne et la plus connue des psychothérapies contemporaines.
Mais c'est aussi une métapsychologie. De ce fait, de nombreuses psychothérapies non analytiques ont conceptualisé leurs méthodes en puisant plus ou moins largement dans cette métapsychologie freudienne ou dans celle de Jung, Reich, Klein, Lacan et bien d'autres.Le prestige de la psychanalyse fait qu'elle se trouve souvent enviée ou dénigrée par les autres écoles de psychothérapie, dont plusieurs ont cherché soit à s'en démarquer alors qu'elles s'appuyaient de fait sur l'un ou l'autre des concepts freudiens, soit à la rejoindre alors qu'elles partaient de postulats différents
Par ailleurs, plusieurs écoles psychanalytiques ont voulu sortir la psychanalyse du champ de la psychothérapie, en déclarant que l'effet thérapeutique n'y était atteint que de surcroît : toute méthode à finalité thérapeutique ou réorganisatrice de la psyché serait réputée ne s'adresser qu'au «moi» conscient, l'inconscient ne pouvant être entendu que dans le silence de l'écoute analytique …
Mais en fait c'est souvent l'analysant lui-même – dont l'objectif est d'abord d'en finir avec sa souffrance - qui placera sa propre psychanalyse dans le champ de la psychothérapie.
On peut dire que le travail analytique vise simplement à rencontrer la vérité du sujet, mais que cette démarche - quand elle est possible – provoque un remaniement de toute son organisation symbolique et fantasmatique, lequel remaniement a lui-même très souvent comme conséquences des effets thérapeutiques.Mais on peut constater que les autres psychothérapies - verbales, émotionnelles, corporelles, relationnelles - en abordant la personne par le dénouement de sa problématique, provoquent elles aussi un remaniement de l'organisation symbolique et fantasmatique. Ce qui - quand c'est possible et que l'on va assez loin - peut finalement aboutir à se trouver soi-même dans sa vérité de sujet.
Donc, si les chemins sont différents, l'aboutissement d'une psychothérapie émotionnelle et corporelle ressemble à ce qui peut arriver dans une psychanalyse bien conduite.
Il existe des psychothérapies plus brèves cherchant à modifier directement les comportements ou guérir les symptômes, par suggestion, déconditionnement, rééducation ou réorganisation des attitudes, … Ce sont apparemment les plus éloignées de la psychanalyse - autant dans leurs objectifs que dans leur méthode - mais - dans leur créneau spécifique - ce sont également des psychothérapies.
Psychothérapie, charlatanisme, endoctrinement sectaire (6)

Un des moyens classiques de manipulation mentale utilisés par les sectes est la répétition inlassable de formules et d'incantations. Et le martelage médiatique sur les liens entre psychothérapie, charlatanisme et sectes qui s'est fait tellement insistant et outrancier ces dernières années en France - justifiant la toute nouvelle loi si ce n'est son contenu - évoque ces méthodes sectaires de lavage de cerveau ! Les formules serinées - «sécuriser les usagers vulnérables», «charlatans autoproclamés», «visser sa plaque de psychothérapeute», etc. - ont massivement imprégné l'inconscient collectif et individuel.
Or la grande majorité des actuels praticiens de la psychothérapie n’ont vissé aucune plaque et refusent chaque semaine de nombreux «clients», faute de place ; la plupart ne sont en rien «autoproclamés», mais certifiés après plusieurs années d’analyse ou de thérapie personnelle, suivies de 4 à 7 ans de formation théorique et clinique et d’un contrôle régulier ou supervision.
Cette formation - plus longue au total que celle de la plupart des professions - n’est pas enseignée à l’université mais dans des écoles et instituts du secteur privé, alignés sur les normes européennes — tout comme pour les ingénieurs, pilotes de ligne, architectes ou artistes.
Aurait-il fallu fermer les écoles et les églises du fait de quelques enseignants ou prêtres pédophiles ? Fermer l’ensemble des ministères à chaque membre du gouvernement poursuivi pour abus de biens sociaux ?
Seuls les gouvernements totalitaires de tous bords ont cultivé délibérément la méfiance vis à vis de la psychothérapie et de la psychanalyse — qui encouragent les citoyens à se poser des questions sur eux-mêmes… et sur les autres.
Par ailleurs, comme le dit Catherine David, plus que la perversité des gourous, c’est la servitude volontaire des adeptes qui alimente les mouvements sectaires... Quant à la nouvelle loi sur le titre de psychothérapeute, en quoi protège-t-elle du charlatanisme ? N'y-a-t-il jamais de psychiatres incompétents en matière relationnelle qui participent à l'aggravation de l'état de ceux qui les consultent ? Et si des psychologues reçoivent des patients victimes de la manipulation et de l'incompétence de prétendus psychothérapeutes, des psychothérapeutes reçoivent des patients victimes des projections, interprétations, abus de pouvoir, etc. de psychologues cliniciens dûment diplomés. En quoi la psychopathologie protège-t-elle de la toute puissance ou de toute autre processus asservissant non conscientisé ? En quoi une approche pointue de la maladie mentale permet d'accompagner toutes les souffrances humaines ?
Enfin - et ce pour éviter de se laisser engendrer, écouter, colporter des rumeurs dont on sait comme elles peuvent tuer au moins socialement celui qui les subit - il peut être utile de rappeler les 10 critères retenus par les RG eux-mêmes quant à «l'éventuelle réalité de soupçons» conduisant à qualifier un mouvement de secte :
(Ne trouvez-vous d'ailleurs pas que certaines émissions télévisuelles capitaliseraient là un excellent score ?)
Le site de la Coordination des Associations et Particuliers pour la Liberté de Conscience donne à réfléchir sur les abus de cette actuelle chasse aux sorcières. Quelques repères
Des questions à se poser
Lorsqu'on entre en contact avec un professionnel de la psychothérapie, plutôt que de vérifier si la méthode ou le praticien ne dégage pas - tel le diable ! - «une odeur sectaire», il serait plus utile de se demander
«Toutes questions qui - si elles sont traitées avec honnêteté - permettent d'éviter bien des risques (à commencer par l'éventuel risque sectaire) sachant que le dogmatisme, l'incompétence et la violence psychologique en thérapie sont des problèmes qui n'ont que peu de rapport avec les titres et les diplômes des thérapeutes !» (6)
Des questions à poser
Le praticien de la psychothérapie que vous rencontrerez considèrera comme légitime toute question concernant et fournira toute information demandée sur ces sujets.
Enfin, si vous ne vous en tenez pas au registre des psychothérapeutes officiels à venir, les centres de formation (pour la gestalt, l'EPG, l'IFGT, l'IGPL, ...) et les organisations titularisant leurs pairs sur des critères sérieux (la FF2P, le SNPPsy,... et pour la gestalt-thérapie: la SFG, le CEGT...), peuvent vous fournir le nom de praticiens de la psychothérapie présentant des garanties de formation et d'éthique.
Ce qui ne signifie pas qu’ils vous conviendront ni qu’ils soient parfaits !
(1) Très largement extraits de «Profession, psychothérapeute», ouvrage collectif publié sous l'égide du SNPPsy, Buchet/Chastel, Paris, 1996, et du livre blanc de la profession de psychothérapeute de l' AFFOP (Association Fédérative Française des Organismes de Psychothérapie), Exprimerie, Bordeaux, avril 2004
(2) Il est à noter qu'un praticien en psychothérapie pourra tout à fait proposer à la personne qu'il accompagne, de solliciter la consultation d'un médecin psychiatre pour envisager par exemple un traitement anxyolitique ou antidépresseur s'il s'avère qu'un tel soulagement soit souhaitable, le temps de trouver ou retrouver un «étayage» personnel suffisant.
(3) Pour aller plus avant, on peut également consulter les articles de Serge Ginger, notamment secrétaire de la FFDP (Fédération Française de Psychothérapie et de Psychanalyse).
(4) Article de Marie Petit du 24 novembre 2003 «Définir la psychothérapie face au public et aux instances politiques»
(5) «Ces réactions (inconscientes) à la personne du thérapisant, sont peu ou prou présentes chez tout thérapeute, même le plus expérimenté, qu'elles se manifestent sous forme d'hypertolérance, d'apitoiement, de mouvements de générosité ou d'affection, d'indifférence, d'excès de distance rationalisé sous le terme de neutralité, de dénégation, de clivage, de projection, etc.» (S. et A. de Mijollla).
(6) Cf les articles de Jacques Valentin «Psychothérapie et lutte contre les sectes» dans le «livre blanc» cité en (1) et de Serge Ginger «Manipulation mentale» dans la NewsLetter de la FF2P n°11.
(2) Il est à noter qu'un praticien en psychothérapie pourra tout à fait proposer à la personne qu'il accompagne, de solliciter la consultation d'un médecin psychiatre pour envisager par exemple un traitement anxyolitique ou antidépresseur s'il s'avère qu'un tel soulagement soit souhaitable, le temps de trouver ou retrouver un «étayage» personnel suffisant.
(3) Pour aller plus avant, on peut également consulter les articles de Serge Ginger, notamment secrétaire de la FFDP (Fédération Française de Psychothérapie et de Psychanalyse).
(4) Article de Marie Petit du 24 novembre 2003 «Définir la psychothérapie face au public et aux instances politiques»
(5) «Ces réactions (inconscientes) à la personne du thérapisant, sont peu ou prou présentes chez tout thérapeute, même le plus expérimenté, qu'elles se manifestent sous forme d'hypertolérance, d'apitoiement, de mouvements de générosité ou d'affection, d'indifférence, d'excès de distance rationalisé sous le terme de neutralité, de dénégation, de clivage, de projection, etc.» (S. et A. de Mijollla).
(6) Cf les articles de Jacques Valentin «Psychothérapie et lutte contre les sectes» dans le «livre blanc» cité en (1) et de Serge Ginger «Manipulation mentale» dans la NewsLetter de la FF2P n°11.
